Laïcité, Liberté, pensée libre, athéisme, on trouve de tout ici, même des croyants

L’idéal d’une société laïque, ce n’est pas une parfaite neutralité : la société laïque n’a pas à concilier des principes, mais des revendications dont chacune, à la limite, menace le principe même de son existenceElle doit établir et maintenir la loi des parties entre elles, à l’encontre de tout groupe, de tout individu qui n’en veut que pour soi au nom de la vérité qu’il professe ou de la liberté qu‘il cultive. Elle cesse d’exister si elle doit régner sur la jungle et par la force, dompter des appétits sans retenue ou des rivalités sans pitié : elle suppose une certaine civilité des esprits et des mœurs.  En réalité aucune démocratie n’est possible sans laïcité politique, et cette exigence est commune à tous les démocrates, qu’ils soient libres penseurs, chrétiens, musulmans ou israélites. C’est pour cela que nous devons défendre notre laïcité quand elle est affaiblie ou en danger.

Mardi 31 juillet 2007
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Par Christophe Moreau - Publié dans : pensamiento
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Lundi 30 juillet 2007
La bonne blague de Ratisbonne n’ était que pour agir contre une certaine ingénuité!!!
Le pape a pensé, ils sont trop cons, il faut que je les réveille! Son secrétaire nous le confirme aujourd’hui, en défendant sa position, et en expliquant le pourquoi du texte choisit sur l'Islam a Ratisbonne.... Aucune erreur donc de la part du Pape, aucune gaffe, la phrase était choisie, tout était bien calculé.
Ratisbonne préparait le terrain, maintenant la guerre de propagande commence, le pas suivant, mettre les orthodoxes du coté du Vatican.. Une grande alliance chrétienne pour reconquérir les valeurs historiques européenne? et défendre l'Europe contre l’Islam....
A ce rythme, on aura droit a une guerre de religion dans les prochaines décades....
 
Le secrétaire privé du pape Benoît XVI a mis en garde sur ce qu'il a considéré comme un danger d'islamisation de l'Europe et a insisté sur le fait que ne doivent pas être ignorées les racines chrétiennes du Vieux Continent, selon ses commentaires diffusés hier.
« Les tentatives d’islamisation de l'Occident ne doivent pas être cachées. Et le danger pour l'identité de l'Europe est lié á ces tentatives et ne peut pas être ignoré á cause d'un respect mal interprété », a affirmé monseigneur Georg Gaenswein dans une interview de l’hebdomadaire Sueddeutsche Magazin qu'il sera publié aujourd'hui.
Gaenswein a en outre défendu un discours prononcé par Benoît XVI l'année passée à l'Université de Ratisbonne, pendant son voyage en Allemagne, sur l'expansion au fil de l'épée de l'islamisme dans ses premiers temps, et a considéré que le Souverain pontife a essayé « d'agir contre une certaine ingénuité ».Beaucoup de musulmans du monde entier avaient protesté contre le discours prononcés par le Pape á Ratisbonne. En Cisjordanie plusieurs églises catholiques avaient été incendiées et le régime théocratique iranien jugea que le Pape s’était uni au président américain George W. Bush pour « recommencer les croisades ».
Gaenswein indique à l'hebdomadaire que, outre la position en ce qui concerne l'Islam, le dialogue avec les églises orientales est important. De plus, il souligne la nécessité de dépasser la division entre Église Catholique et Orthodoxe
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Par Christophe Moreau - Publié dans : pensamiento
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Mardi 24 juillet 2007

Sans aucun doute, nous sommes en train d´assister à une renaissance de l'intolérance. La libéralisation de la messe en latin et le dernier document public de Benedictus PP, (un remake du Dominus Iesus (2.000)) qui insiste sur le maintien du monopole de Rome - Babylone sur l'orbe chrétien, sont des étapes de consolidation de la dérive intégriste vaticane.

La première, saluée avec enthousiasme par les schismatiques de Fellay, a fait se levé les plaintes de groupes juifs et de dissidents internes. Quant à la deuxième, elle promet d'être une réadaptation de l'exposition de Ratisbonne, cette fois avec, comme protagonistes principaux les grecs orthodoxes, russes orthodoxes, byzantins, anglicans, mormons, méthodistes, baptistes, antiochiens , arméniens, luthériens, presbytériens, coptes, syriaques orthodoxes, évangéliques, et les autres branches de la famille christicole. C'est-à-dire, toute la oikoumene, ensemble et mélangée, subordonnée, par l´art des édits, au monarque Ratzinger et à sa seule Église. La brise des Dolomites devrait lui sembler un peu plus que des murmures de désapprobation. Le grand Pape est en train de consolider une stratégie de repli des forces, en vue de la croisade évangélisatrice qui lui tourne dans la tête depuis des années : le retour d'un occident féodal, surveillé, protégé et guidé par le souffle du saint esprit, interprété par les capos de la Sainte Mère Église et moralement captif de ses codes de conduite, basés sur l'obéissance, la crainte et le dogme. 

D´en autre côté, l'hallucination coranique continue à chercher le martyre et la mort. On interprète le but des rebelles islamiques de la Mosquée Rouge d'Islamabad comme un défi suicide à l'État. Et une chose certaine, est qu'ils ont démontré que le militantisme taliban pakistanais ne se limite pas à quelques zones rurales frontalières. Exigeant l'application de la sharia dans la capitale même, multipliant les martyrs et prêchant la soumission, les chefs islamiques embrassent aussi l'idée d'un Orient enchaîné à la croyance, surveillé, protégé et guidé par le Saint Coran, interprété par les chefs religieux et moralement captif de leurs codes de conduite, basés l'obéissance, la crainte et le dogme. 

Il n´y a pas d´autre dieu qu’Allah. Pas d´autre église que la catholique. Pas d´autre morale que la confessionnelle. Aucune opinion autre que celle autorisée.

Le poulpe théologique aspire à la toute puissance. On organise des guérillas archiépiscopales contre le vidéo « blasphémateur » d'une équipe de football, contre les réformes éducatives en Espagne, des armées cléricales attaquent les états laïques, exigent « de prendre part librement » à la politique, récupèrent des cérémoniaux d'exorcisme, font face aux scientifiques et aux tribunaux, imposent leurs critères sexuels ridicules en évoquant leurs principes immuables, et élèvent des monuments totémiques en honneur à leurs dieux. 

Quelqu'un doute encore que la racine de tout conflit est nourrie d'irrationalité pure? Quelqu'un doute encore que les fondamentalismes aspirent à réduire la réalité à des schémas de civilisation médiévaux? 

José Saramago (Portugais, prix Nobel de Littérature 1998) l'a exprimé récemment ainsi : « Si nous étions tous athées, le monde serait plus pacifique ». 

L'époque de l'injustice devrait à la fin être dépassée, et la destruction des religions un projet à effectuer. « Dieu » est un concept excessivement dangereux, trop pour se promener en toute liberté. 

FIDA Federación internacional de ateos Bulletin No 131 

Traduit de l’espagnol par moi même

Par Christophe Moreau - Publié dans : pensamiento
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Lundi 23 juillet 2007

Heureusement le Mexique peut compter encore sur quelques défenseurs de la laïcité qui essaieront de freiner les effets de la soif de pouvoir du poulpe du vaticanais.  

 

Le prêtre et le politicien 

la polarisation de la vie publique se nourri par des voies inattendues. A peine terminé le grand tsunami de la droite catholique contre la dépénalisation de l'avortement, affaire qui est déjà entre les mains de la Cour de Justice Suprême, le cardinal Norberto Rivera Carrera, à la tête de l'Archevêché Prima du Mexique, se place de nouveau dans l'oeil de l'ouragan. Le sujet actuel n'est pas une nouveauté: l'insuffisance de la réforme de 1992 pour loger le vaste contenu de la liberté religieuse.

La hiérarchie catholique prétend ne pas faiblir dans sa persistance pour réinterpréter le laïcisme, c'est-à-dire modifier dans ses aspects essentiels, la forme et le caractère de l'État mexicain: «Quand l'Église exige la liberté religieuse, elle ne sollicite pas un privilège, un paiement, ou une licence qui dépendent de situations contingentes, de stratégies politiques ou de la volonté des autorités, mais demande la reconnaissance effective d'un droit inaliénable '', a dit le cardinal. 

Au nom de la liberté religieuse, l'Église catholique questionne les raisons qui au Mexique ont poussé à comprendre que la séparation entre le prêtre et le politicien est la condition nécessaire au déploiement d´autres libertés, y compris, le déploiement de la liberté de croyances que la Constitution protège. 

La notion de citoyenneté pleine pour les prêtres devient difficile quand le Pape depuis le Vatican insiste sur la primauté universelle du catholicisme au-dessus de tout autre considération œcuménique. La prêche qui dit qu´il n´y a qu´« une seule Église » met entre guillemets la coexistence en démocratie avec d'autres dénominations chrétiennes, ou d´autres religions, et introduit un élément perturbateur dans la définition de l'État laïque, auquel finalement, sans laïcité, on demandera de reconnaître la « véritable religion ».  Il s'avère surprenant que les réformateurs  ecclésiastiques veuillent convaincre l'opinion publique, que l'enseignement religieux dans des écoles publiques est « un droit de l´homme», alors que la liberté de croyances, l'expression la plus finie de la liberté, est protégée par la constitution et heureusement réservé au cadre de la vie privée. 

L'insistance historique dans cette revendication est expliquée non comme un amour à l'enseignement, dont les portes particulières sont ouvertes, mais comme la voie privilégiée pour la formation morale de tous les citoyens, et pas seulement de ceux qui viennent de familles proches aux valeurs de certaines églises. Cette disposition à imposer dans la salle de classe la Vérité (avec un V majuscule), quel que soit son origine et sa culture, est incompatible avec le laïcisme  la démocratie, et est une des bases de tout fondamentalisme. 

Et c'est pourquoi, cette anxiété de restauration, présentée comme nouveauté démocratique, n´est autre qu´une provocation inacceptable.  

 

Adolfo Sánchez Rebolledo est représentant du Parti de la Démocratie Sociale devant l'IFE (Institut fédéral électoral Mexicain) et chroniqueur du journal mexicain « La Jornada »

Par Christophe Moreau - Publié dans : pensamiento
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Vendredi 20 juillet 2007
« Le Pape : combien de division ? » aurait répondu Staline à un personnage qui, à la fin de la seconde guerre mondiale, s’inquiétait de la politique du Vatican.
La garde suisse du souverain pontife n’a sans doute pas joué un rôle de premier plan dans l’effondrement du stalinisme. Il serait pourtant injuste de ne pas reconnaître que, 45 ans après la question posée par le maître du Kremlin, les héritiers de Pie XII l’avaient incontestablement emporté sur ceux de Staline.

Il serait donc erroné de sous-estimer l’importance de l’église catholique surtout lorsque son chef prend le risque de l’inscrire, avec son discours du 12 septembre, dans le « choc des civilisations » de Georges W. Bush.

Du temps de Jeanne d’Arc
Après une courte introduction, Joseph Ratzinger entre dans le vif de son sujet (foi et raison) en citant les propos qu’aurait tenu l’empereur byzantin Manuel II à un érudit persan aux environs de 1400 (un peu avant la naissance de Jeanne d’Arc...)

Il est possible de s’étonner que ces propos médiévaux aient eu un tel retentissement. Mais ce retentissement tient au contexte dans lequel le pape prononça son discours de Ratisbonne. Il tient aussi aux paroles de l’empereur byzantin avec lesquelles le pape n’a, le 12 septembre, pris aucune distance : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ».

Joseph Ratzinger avait-il oublié sa tiare ?
Benoît XVI a exprimé ses regrets d’avoir été « mal compris ». Il affirme aujourd’hui ne pas avoir voulu faire sienne « les paroles négatives prononcées par l’empereur médiéval ». Mais, avant l’expression de ces regrets, les télévisions européennes et américaines avaient eu tout le loisir de passer en boucle les images de manifestants musulmans exaspérés, criant leur haine de l’ « Occident » et des « Chrétiens ». Des images inespérées pour tous les adeptes du « choc des civilisations », pour tous ceux qui veulent opposer un « occident chrétien » à un « monde musulman ». Beaucoup de ces manifestants étaient certainement manipulés mais qui peut nier que le pape avait apporté un précieux concours à l’opération ?

Peut-on, en effet, penser que Benoît XVI s’était exprimé en simple théologien et que, le temps d’un discours, il avait oublié sa tiare ? N’avait-il pas vu la cohorte de journalistes qui accompagnaient son voyage et les caméras braquées sur lui en permanence ? Ignorait-il que le 12 septembre était le lendemain du 11 ? Avait-il oublié que la guerre d’agression d’Israël contre le Liban venait à peine de se terminer ? Ne connaissait-il rien de la situation tragique de l’Irak après l’intervention militaire américaine ? Ne savait-il pas qu’une partie importante de l’opinion en Europe et aux Etats-Unis ne demandait qu’à être confortée dans l’idée que l’Islam était synonyme de violence ? Pouvait-il ignorer qu’en agissant ainsi il prenait le risque d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui, au sein de l’islam, prônent la violence ?

Une méthode pour interpréter le Coran
Le pape cite le verset 256 de la sourate 2 du Coran qui affirme que la foi ne peut être imposée par la contrainte (ce qui impliquerait que la violence ne serait pas inhérente au Coran) : « Il n’est nulle contrainte en matière de foi ». Mais le pape se fait alors historien pour convaincre ses auditeurs du peu d’intérêt de cette sourate. C’est « selon les spécialistes » affirme-t-il l’un des premières sourates à avoir été écrites, elle date donc de l’époque où Mahomet « n’avait encore aucun pouvoir et était menacé », l’époque où Mahomet était à la Mecque et n’avait pas encore conquis Médine.

Cette façon d’interpréter le Coran s’apparente étonnamment à celle des intégristes musulmans. Dans un entretien accordé à Libération (23/09), Abdelwhab Meddeb précise, en effet, leur méthode : « Eux [les intégristes] optent pour l’idée la plus simple : le principe chronologique. Le verset mecquois sur la tolérance émane d’un Prophète de pure spiritualité, qui n’est pas encore dans l’exercice du pouvoir politico-militaire, il est donc abrogé par celui qui vient après » Et celui qui vient après, c’est « le verset de l’épée », le verset 29 de la sourate 9 où il est commandé de combattre tous ceux qui ne croient pas à « la religion vraie ».

Pourquoi, s’il n’avait pas voulu s’inscrire dans le « choc des civilisations », Joseph Ratzinger aurait-il choisi cette interprétation plutôt que celle de Mohammed Mahmoud Taha (toujours selon Abdelwhab Meddeb) : « L’éternel du Coran, c’est ce qui nous vient de la Mecque, parce qu’il est pur de toute contingence politique » ?

Une autre méthode pour interpréter les propos de Manuel II
Le 265ème pape analyse ensuite les propos de l’empereur de Byzance, Manuel II Paléologue, qui condamnent la violence « en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme ». S’il avait employé la même méthode que celle qu’il avait utilisé pour expliquer la sourate 2-256, Benoît XVI n’aurait eu aucune difficulté à comprendre pourquoi cet empereur byzantin prêchait une non-violence tout à fait inhabituelle pour les gens de sa caste.

La controverse de cet empereur et de l’érudit persan se déroulait un peu avant 1400. A cette époque, ce qui restait de l’empire byzantin était soumis à une pression de plus en plus insupportable de l’empire turc. Un demi siècle plus tard (en 1453) Constantinople sera d’ailleurs prise par les Turcs. La « non violence » de Manuel II pouvait donc parfaitement s’expliquer par un rapport de forces particulièrement défavorable à Byzance. D’autant plus défavorable, d’ailleurs, que les renforts demandés par le « non violent » Manuel II et dirigés par le roi de Hongrie Sigismond venaient de subir une cuisante défaite à Nicopolis.

Le pape emploie deux méthodes radicalement différentes pour interpréter le Coran et les propos de Manuel II. En choisissant de ne prendre aucune distance historique avec le texte de l’empereur Byzantin, il est difficile de penser que Joseph Ratzinger, dans son discours du 12 septembre, ne faisait pas siens les propos de Manuel II.

Questionner les rapports de l’islam à la violence n’a rien d’illégitime.
Encore faut-il savoir comment s’opère ce questionnement.

Pour Benoît XVI, dans son discours de Ratisbonne, la conversion par la violence serait inhérente au Coran. Par contre, la conversion par la raison découlerait de la foi chrétienne alliée à la raison grecque.

« Par honnêteté », cependant, Joseph Ratzinger cite un théologien chrétien de la fin du Moyen Age, Duns Scott, dont les positions pourraient conduire à l’image d’un « Dieu-arbitraire ».

« Par honnêteté », il aurait bien mieux valu que le pape confronte ses affirmations abstraites à la réalité historique et au rôle concret tenu par le rôle de l’église catholique dans le domaine de la conversion par la violence comme dans celui de la violence tout court. Il n’aurait alors eu que l’embarras du choix : les croisades prêchées par ses prédécesseurs Urbain II, Grégoire VIII ou Innocent III ; les croisades contre les Cathares ; les massacres de la Saint Barthélemy ; les bûchers de l’Inquisition ; les conversions forcées, les massacres ou les déportations de Musulmans et de Juifs qui accompagnèrent la reconquista espagnole ; la conquête du « Nouveau Monde » ; les dragonnades contre les Huguenots...

« Par honnêteté » il aurait bien mieux valu, également, que Benoît VII n’oublie pas l’ « âge d’or » de l’islam andalou au cours duquel Juifs et Chrétiens avaient pu pratiquer leur religion sous l’administration musulmane.

S’il est légitime de questionner l’islam sur ses rapports à la violence, le faire avec la partialité dont a fait preuve Benoît XVI à Ratisbonne ôte toute légitimité à ce questionnement.

Réduire une religion à un texte et une civilisation à une religion n’a, de toute façon, aucun sens. Alain Gresh dans un Tribune libre de « L’Humanité » du 03/12/2004 affirme ainsi, à juste titre : « Il y a un milliard deux cent millions de musulmans environ. Ils sont majoritaires dans une soixantaine de pays et sont présents dans beaucoup d’autres. Essayer de réduire cette diversité dans une espèce de tronc commun qui serait un islam éternel, inchangé depuis quatorze siècles, dont on pourrait déduire la manière dont se comportera un musulman en France, en Arabie saoudite ou en Indonésie ne correspond pas à la réalité »

Copernic, Galilée et Bruno
La sainte alliance réalisée par le pape entre non-violence et foi chrétienne (qui signifie pour lui foi catholique) a de quoi surprendre. Le lien fait par ce même pape entre foi chrétienne, philosophie grecque (essentiellement celle d’Aristote) et raison laisse tout aussi perplexe.

Joseph Ratzinger semble, en effet, avoir totalement occulté le rôle décisif joué par les penseurs Musulmans (notamment Ibn Sînâ dit « Avicenne » et Ibn Rushd dit « Averroès ») dans la transmission de cet héritage philosophique grec. Il semble également avoir oublié que c’est, en grande partie, contre la cosmologie de Ptolémée ou la physique aristotélicienne que Copernic, Galilée ou Bruno ont fait progresser cette raison scientifique et ouvert la voie à Kepler et Newton.

Si Copernic n’a pas eu à souffrir d’avoir compris que la terre n’était pas le centre de l’univers, il n’en a pas été de même pour Galilée et Bruno. Galilée n’a du qu’à la protection des Médicis de ne pas subir de châtiment plus grave que celui de terminer sa vie en reclus. Il avait, en effet, été condamné par le Saint-Office, en 1633, pour avoir pris parti en faveur de la réalité du mouvement de la Terre. Il faut pourtant, « par honnêteté », reconnaître que l’église catholique l’a « réhabilité » en 1992 ! Quant à Bruno, le fait d’avoir nié l’existence de la « huitième sphère » du système de Ptolémée (celle des « étoiles fixes ») et d’avoir remplacé le « ciel » par l’infinité de l’ « espace » lui valu, en 1600, d’avoir la langue arrachée et d’être brûlé vif, après sa condamnation par l’Inquisition.

La théologie dans le « dialogue des sciences »

Benoît XVI n’ignore certainement pas les condamnations de Bruno et de Galilée. Son obstination à revendiquer une liaison aussi étroite entre la foi chrétienne, la philosophie grecque et la raison a d’autres explications.

La première explication est son refus de voir entrer la Turquie dans l’Union européenne, ruinant ainsi ses efforts pour faire reconnaître ce qu’il considère comme « l’identité chrétienne de l’Europe ». Une identité qui gomme l’apport déterminant de l’ « âge d’or » musulman andalou et de son rayonnement dans toute l’Europe. Une identité qu’il n’a pas renoncé à faire inscrire dans le texte d’une Constitution européenne.

La seconde explication est sa volonté de faire admettre la théologie dans le « dialogue des sciences ». Le pape a compris, en effet, que dans les pays industrialisés la science, l’idéologie scientifique confinaient la religion à un rôle de second plan. Dans son discours, il déplore donc que la méthode scientifique exclue la question de Dieu, « la faisant apparaître comme une question ascientifique ou pré scientifique ». Il affirme que son projet est « un élargissement de notre concept de raison et de l’usage de celle-ci » en franchissant « la limite auto-décrétée par la raison à ce qui est vérifiable par l’expérience ».

En avril dernier, lors de la veillée précédant la fête de Pâques, Joseph Ratzinger avait parfaitement illustré (A.F.P. du 15/04/06) ce que signifiait l’irruption de son concept de raison élargie dans la théorie scientifique de l’évolution : « Si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution » la résurrection du Christ est « la plus grande mutation, le saut absolument le plus décisif [...] qui soit jamais advenu dans la longue histoire de la vie et de ses développements » !
 
Jean-Jacques Chavigné, pour Démocratie & Socialisme
Par Christophe Moreau - Publié dans : pensamiento
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